23/02/2020

La ministre de l'écologie avoue sa "perplexité" face à des destructions de moulins centenaires pour la continuité des rivières

L'hydro-électricité en débat au parlement, mars 2019

"La roue tourne" : une bonne nouvelle

L'hydro-électricité a été un thème phare des prochaines journées des moulins les 22 et 23 juin 2019. 

Entreprises présentes au moulin lors des Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins (22-23 juin 2019)

Novéa

Novéa Technologies, spécialiste de l'électrotechnique de pointe, est une société Angevine créée en 2007 qui équipe les moulins hydrauliques pour produire de l’énergie électrique. Elle dispose de son propre bureau d’études et propose une solution technique adaptée pour assurer une production permanente et maximale, même lorsque le niveau d’eau n’est pas optimal. Une supervision et une commande à distance de tous les produits est possible via n’importe quel support informatique. Novéa Technologies travaille en partenariat avec des entreprises spécialisées dans la restauration des organes mécaniques des moulins, dans le but de conserver et de valoriser au maximum le patrimoine existant. Ces microcentrales génèrent une énergie propre et renouvelable, et offrent un retour sur investissement intéressant grâce à la revente ou à la consommation de l’électricité produite. Cette société a déjà installé des unités de production d’hydroélectricité sur le Loir.

Métallerie Rousseau

C’est grâce à un équipement de découpe laser installé dans son entreprise située à Brûlon dans la Sarthe qu’Eric Rousseau a pu concevoir et construire des roues tout en métal ou métal et bois, remplaçant les roues traditionnelles dont la durée de vie est malheureusement assez courte. L’entreprise a réalisé plusieurs restauration de turbines installées dans des moulins depuis plusieurs décennies et qui aujourd’hui produisent de l’électricité 100% renouvelable Eric Rousseau et son épouse étaient  présents sur le site du moulin de la Barbée le dimanche 23 juin 2019.

https://www.ouest-france.fr/economie/entreprises/sarthe-brulon-la-metallerie-rousseau-se-diversifie-et-innove-4754427

au temps où, 88

Un potentiel hydro-électrique abandonné

Le moulin de la Barbée a produit de l'électricité  jusqu'en 1960, année du départ du dernier meunier. La génératrice installée sur la quatrième passe d'eau (la moins importante) permettait l'éclairage du moulin, de la maison du meunier, du château et de fermes attenantes. 

L'option de la France pour le nucléaire (sans qu'il n'y ait jamais eu de débat public ou de référendum) a mis fin aux petites unités de production et même de plus importantes comme celles installées à La Flèche, Le Lude, Vaas, Vouvray sur Loir, .... Rappelons que la construction de la plus ancienne centrale nucléaire française -Fesseinheim en Alsace -  qui a remplacé une unité de production  hydroélectrique sur le canal d'Alsace - a été décidée, à la fin des années 1960, par les Présidents Charles de Gaulle puis Georges Pompidou.

La Flèche - usine électrique

Le potentiel hydro-électrique du moulin de la Barbée

Avec une hauteur de chute de  1,30 m, un débit minimal réservé théorique de 32 m3/s (mesurée à la station  hydrologique de Durtal), la puissance potentielle calculée est de 225 kW (source : Energie Environnement).  

Des obstacles multiples

En achetant le moulin de la Barbée, nous avions le projet d'installer une unité de production hydro-électrique. Persuadés de l'avenir des énergies renouvelables, nous avons rapidement contacté des entreprises pour avoir des estimations de la production possible, des propositions d'installation et des devis.

Dans les années 2000, il s'est avéré que les bureaux d'études étaient plus nombreux que les entreprises capables de réaliser à la fois les travaux mécaniques et électriques. Nous avons découvert que la France était très en retard par rapport à d'autres pays européens comme l'Allemagne ou la Belgique, des pays où de nombreuses petites chutes sont équipées et assurent une production importante. 

A défaut de trouver une entreprise qui assurerait l'ensemble des travaux et s'en porterait garante, nous avons visité plusieurs moulins produisant de l'hydro-électricité ou en cours de réalisation d'installations ; nous sommes rendus compte  que pour que "ça marche", il fallait que le propriétaire ait des compétences techniques assez pointues, ce qui n'était pas notre cas. Par ailleurs, nous découvrons une réglementation  complexe, une lenteur administrative et des contraintes très dissuasives. Sans compter les recours divers susceptibles d'entraver les projets.

Alors que de nouvelles entreprises voyaient le jour (de jeunes entrepreneurs dynamiques qui croient aussi à la "transition énergétique"), de nouveaux obstacles réglementaires sont apparus liés notamment à "la continuité écologique". Alors que la France est en retard par rapport au quota de production d'énergies renouvelables, fixé au niveau européen, la loi sur l'eau et les milieux aquatiques (LEMA) votée sous la présidence de Nicolas Sarkosy (non abrogées sous la gouvernance de François Hollande) introduit toute une réglementation qui conduit à la suppression des seuils déversoirs et de tout ouvrage "faisant obstacle à la libre circulation des poissons et des sédiments". Appliquant sans attendre cette nouvelle réglementation, le département de la Sarthe (qui a hérité des rivières domaniales anciennement gérées par l'Etat) fait abaisser ou supprimer sur le Loir les clapets construits dans les années 1970, ce qui a pour effet d'abaisser les niveaux d'eau et de quasi supprimer les chutes. Ainsi, le clapet hydraulique du moulin de la Barbée a-t-il  été abaissé une grande partie de l'année. Impossible alors de produire de l'hydro-électricité.

En 2014, alors que nous étions sur le point de signer un devis (reconstruction de la roue motrice, automatisation du fonctionnement du vannage, pose d'une génératrice) et de monter une société, nous avons du tout arrêter, la banque et l'entreprise ne soutenant pas le projet, faute d'avoir une assurance que les niveaux d'eau seraient maintenus.

Malheureusement, nombreux sont les propriétaires de moulins qui sont dans notre cas malgré les démarches des associations (notamment l'ASMR72) qui ont bien compris que la sauvegarde des moulins passe par une reconnaissance de leur valeur aux plans énergétique, patrimoniale, touristique et écologique (le moulin de la Barbée est située dans une zone classée "Natura 2000).

Nous cherchons des appuis du côté des élus, puisqu'on nous affirme que la France s'engage dans les énergies renouvelables. Nous espérons que la mobilisation citoyenne engagée pour la prise en compte du potentiel hydro-électrique des moulins soit entendue.

Contributions

Le mix énergétique